Plus de 120 personnes inscrites pour imaginer l’avenir de l’apprentissage dans le Nord circumpolaire canadien

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Comment mieux répondre aux besoins de formation des communautés francophones du Yukon, des Territoires du Nord-Ouest et du Nunavut? Comment reconnaître les apprentissages qui se développent au-delà des salles de classe? Et comment bâtir des solutions adaptées aux réalités uniques du Nord? 

Ce sont quelques-unes des questions qui ont animé le Sommet panterritorial sur l’apprentissage dans le Nord canadien, tenu à Yellowknife les 3 et 4 juin 2026. 

Plus de 120 personnes se sont inscrites au Sommet panterritorial sur l’apprentissage dans le Nord canadien. Au cours des deux journées de l'événement, des personnes issues des milieux de l’éducation, du développement communautaire, des gouvernements, des organismes francophones et des communautés autochtones ont pris part aux différentes conférences, panels, ateliers et discussions, en présentiel et en ligne. 

Organisé par le Collège Nordique, en collaboration avec l’Association franco-yukonnaise (AFY), l’Association des francophones du Nunavut (AFN) et le Réseau pour le développement de l’alphabétisme et des compétences (RESDAC), le sommet avait pour objectif de dresser un portrait commun des réalités nordiques, de mettre en valeur les initiatives existantes et de dégager des pistes d’action concrètes pour renforcer l’apprentissage tout au long de la vie dans les communautés francophones du Nord. 

« Ce sommet nous rappelle que l’avenir de l’apprentissage en français dans le Nord ne peut pas être pensé en vase clos. Il doit se construire avec les communautés, avec les partenaires et avec une compréhension fine des réalités vécues dans chacun des territoires. » — Patrick Arsenault, directeur général du Collège Nordique 

Une réalité commune malgré des territoires distincts 

Bien que le Yukon, les Territoires du Nord-Ouest et le Nunavut possèdent chacun leur propre contexte géographique, culturel et démographique, les discussions ont rapidement démontré que plusieurs défis sont partagés. 

L’éloignement des communautés, les coûts liés au développement de programmes, les difficultés de recrutement, l’accès limité à certaines formations et la nécessité de concilier études, travail et responsabilités familiales figurent parmi les réalités auxquelles font face de nombreuses personnes apprenantes dans le Nord. 

« Le sommet a démontré que plusieurs des défis vécus dans les territoires sont communs. En travaillant ensemble, nous pouvons partager nos expertises, éviter de réinventer les mêmes solutions et développer des initiatives qui auront un impact concret pour les communautés francophones des trois territoires. » — Sophie Jacques, gestionnaire formation, Association franco-yukonnaise 

Les résultats d’une vaste enquête menée auprès des communautés francophones des trois territoires ont permis d’alimenter les discussions. Les données présentées démontrent un intérêt marqué pour l’apprentissage en français, particulièrement dans les domaines de l’éducation, de la santé, des services sociaux, du leadership, de l’entrepreneuriat et des compétences numériques. 

Les échanges ont également mis en lumière l’importance de développer des parcours flexibles, capables de répondre aux besoins des personnes déjà engagées sur le marché du travail et qui souhaitent poursuivre leur développement professionnel sans devoir quitter leur territoire. 

Au-delà des statistiques, le sommet a surtout permis de confirmer une réalité importante : les communautés francophones du Nord souhaitent continuer à apprendre, à se perfectionner et à contribuer au développement de leur région lorsque les conditions nécessaires sont réunies. 

« Au Yukon, comme ailleurs dans le Nord, les besoins en formation évoluent rapidement. Le travail panterritorial nous permet de réfléchir collectivement à des solutions plus fortes, plus durables et mieux adaptées aux réalités des communautés francophones. » — Souâad Larfi, directrice formation, Association franco-yukonnaise 

Reconnaître l’apprentissage sous toutes ses formes 

L’un des messages les plus marquants du sommet a été l’importance de reconnaître les apprentissages réalisés dans différents contextes de vie. 

Plusieurs présentations ont rappelé que les compétences ne s’acquièrent pas uniquement dans les établissements d’enseignement. Le bénévolat, l’engagement communautaire, le travail, les activités culturelles, la participation citoyenne ou encore les expériences vécues sur le territoire constituent également de puissantes sources d’apprentissage. 

Cette réflexion a été particulièrement présente lors des discussions portant sur les apprentissages formels, non formels et informels. 

Dans les communautés nordiques, où les parcours sont souvent moins linéaires qu’ailleurs, cette reconnaissance revêt une importance particulière. Les personnes changent fréquemment de secteur d’activité, occupent plusieurs rôles au sein de leur communauté ou développent des compétences à travers des expériences qui ne sont pas toujours reconnues officiellement. 

« Reconnaître les apprentissages formels, non formels et informels, c’est reconnaître la richesse des parcours. Dans les communautés francophones en situation minoritaire, cette reconnaissance peut devenir un levier puissant pour renforcer la confiance, l’employabilité et le développement collectif. » — Denis Desgagné, directeur général, Réseau pour le développement de l’alphabétisme et des compétences 

Les personnes participantes ont ainsi souligné l’importance de mieux valoriser ces apprentissages et d’explorer des mécanismes permettant de rendre visibles les compétences acquises dans différents contextes. 

Cette approche pourrait contribuer non seulement au développement de la main-d’œuvre, mais aussi au renforcement de la confiance, du sentiment d’appartenance et de la vitalité des communautés francophones du Nord. 

Quand le territoire devient un lieu d’apprentissage 

Les initiatives présentées au cours du sommet ont démontré que l’apprentissage dans le Nord prend souvent des formes différentes de celles observées dans les grands centres urbains. 

Les programmes présentés par des personnes intervenantes du Yukon, des Territoires du Nord-Ouest et du Nunavut ont mis en évidence la richesse des approches expérientielles, culturelles et communautaires. 

Le territoire lui-même devient un espace d’apprentissage. Les activités de plein air, les expériences culturelles, les projets communautaires et les apprentissages ancrés dans les savoirs autochtones permettent de développer une multitude de compétences qui dépassent largement les connaissances techniques. 

L’autonomie, la collaboration, le leadership, l’adaptation, la résolution de problèmes et la confiance en soi figurent parmi les compétences les plus souvent mentionnées. Les discussions ont également souligné que ces approches favorisent un apprentissage plus concret et plus significatif, tout en renforçant le bien-être des personnes participantes et leur connexion au territoire. 

Dans plusieurs cas, elles contribuent aussi à soutenir l’apprentissage du français en offrant des occasions authentiques de vivre la langue dans des contextes réels et porteurs de sens. 

« Dans le Nord, l’apprentissage se vit souvent à travers le territoire, la communauté et les relations humaines. Pour les personnes apprenantes, ces expériences concrètes permettent de développer des compétences durables, mais aussi un sentiment d’appartenance plus fort. » — Rosie Benning, directrice de l’enseignement et de la formation, Collège Nordique 

Les parcours atypiques comme force collective 

Un autre thème important du sommet a porté sur les parcours atypiques. Les personnes panélistes ont partagé des expériences démontrant que les trajectoires professionnelles dans le Nord sont rarement prévisibles. Les occasions d’apprentissage émergent souvent à travers des expériences variées, des engagements communautaires ou des responsabilités assumées au sein de petites organisations où les rôles sont multiples. 

Plutôt que d’être perçue comme une faiblesse, cette diversité de parcours a été présentée comme une force. 

Les réalités nordiques favorisent souvent le développement rapide de compétences transférables, l’adaptabilité, l’innovation et la capacité de travailler dans des environnements complexes. Les discussions ont également mis en valeur le rôle du mentorat, de la transmission intergénérationnelle et des réseaux communautaires dans le développement des personnes. 

Dans un contexte où les communautés sont souvent de taille réduite, les relations humaines deviennent un élément central de l’apprentissage et du développement professionnel. 

Culture, identité et réconciliation 

Les ateliers de l’après-midi ont permis d’approfondir plusieurs thèmes fondamentaux pour les communautés nordiques : la culture d’apprentissage, la construction identitaire, la réconciliation et la formation à distance. 

Les échanges ont rappelé que l’apprentissage ne peut être dissocié de l’identité, de la langue et du contexte culturel dans lequel il s’inscrit. 

Les personnes participantes ont notamment réfléchi aux moyens de renforcer les espaces francophones d’apprentissage, de favoriser le sentiment d’appartenance et de créer des environnements inclusifs capables d’accueillir des parcours diversifiés. 

Les discussions portant sur la réconciliation ont également souligné l’importance de poursuivre le dialogue avec les communautés autochtones et d'intégrer davantage leurs savoirs, leurs perspectives et leurs façons d’apprendre dans les initiatives éducatives. 

Plusieurs interventions ont rappelé que l’apprentissage peut jouer un rôle important dans le rapprochement entre les communautés et dans la construction de relations fondées sur le respect, l’écoute et la réciprocité. 

La formation à distance comme outil essentiel 

Dans un territoire aussi vaste que le Nord circumpolaire canadien, la formation à distance demeure un levier important pour améliorer l’accès à l’apprentissage en français. 

Les échanges ont toutefois rappelé que cette modalité ne représente pas une solution complète à elle seule. Si elle permet de rejoindre des personnes apprenantes dans des régions éloignées et de concilier plus facilement travail, famille et formation, elle exige aussi des conditions de réussite claires. 

L’accès à une connexion Internet fiable, l’équipement informatique, l’accompagnement humain, le soutien technique et les occasions d’interaction demeurent des éléments essentiels. 

Les personnes participantes ont aussi souligné que les programmes à distance doivent être conçus en fonction des réalités nordiques, plutôt que simplement transposés d’un modèle pensé pour d’autres contextes. 

Une vision commune pour l’avenir 

Au terme de ces deux journées, plusieurs constats se sont dégagés. Les personnes participantes ont exprimé le désir de poursuivre la collaboration entre les territoires, de renforcer les partenariats existants et de développer des solutions adaptées aux réalités nordiques. 

Les discussions ont également confirmé l’importance d’une approche panterritoriale permettant de mutualiser les expertises, de partager les ressources et de répondre plus efficacement aux besoins des communautés francophones. 

Cette vision s’inscrit dans les démarches déjà entreprises par l’Association franco-yukonnaise, l’Association des francophones du Nunavut et le Collège Nordique afin de renforcer l’accès à l’éducation postsecondaire en français dans le Nord canadien. 

« Au Nunavut, l’accès à la formation en français doit tenir compte de réalités géographiques, linguistiques et communautaires très particulières. La collaboration entre les territoires permet de partager les expertises et de bâtir des réponses plus adaptées aux besoins des communautés. » — Marie-France Talbot, cheffe du service Formation, Centre de formation Qaujimaniq, Association des francophones du Nunavut 

Plus qu’un simple événement, le Sommet panterritorial sur l’apprentissage dans le Nord canadien aura permis de créer un espace de dialogue, de réflexion et de collaboration entre des personnes qui partagent une même ambition : faire en sorte que l’apprentissage en français demeure accessible, pertinent et durable pour les générations actuelles et futures du Nord. 

Les conversations amorcées à Yellowknife se poursuivront au cours des prochains mois. Une chose est déjà certaine : l’avenir de l’apprentissage dans le Nord se construira collectivement, à travers les partenariats, les communautés et les personnes qui les font vivre au quotidien. 

Ce sommet est rendu possible grâce au soutien financier du Réseau pour le développement de l’alphabétisme et des compétences (RESDAC), du Réseau des cégeps et des collèges francophones du Canada (RCCFC) et de Patrimoine canadien. 

Publié le 11 juin 2026