Vers la vérité et la réconciliation

Apprenez-en plus sur nos actions de décolonisation et d'autochtonisation

La vérité et la réconciliation, c'est quoi?

La vérité et la réconciliation au Canada désigne le processus continu visant à aborder les abus et les injustices subis par les peuples autochtones, notamment ceux liés au système des pensionnats autochtones, actifs du début du 19e jusqu'à la fin du 20e siècle. La vérité et la réconciliation a pour but de permettre aux peuples autochtones et au gouvernement canadien de collaborer pour établir et maintenir un cadre de vie commun fondé sur le respect, afin de favoriser des nations autochtones solides, saines et durables au sein d'un Canada uni.

Ce processus a été formalisé par la création de la Commission de vérité et réconciliation du Canada (CVR), active de 2008 à 2015. La CVR avait pour mission de documenter les abus, reconnaître officiellement les souffrances des survivants et des communautés autochtones, et de formuler des recommandations d'actions concrètes pour favoriser la réconciliation entre les peuples autochtones et le reste de la société canadienne. À la fin de cette période, la CVR a constitué un recueil de témoignages des survivants des pensionnats autochtones, publié un rapport final en plusieurs volumes résumant ses travaux, et émis des appels à l'action nationale. Parmi ces recommandations figuraient : la promotion d'une justice plus équitable et un meilleur accès aux services de santé par les peuples autochtones ; l'intégration de l'histoire des peuples autochtones et des pensionnats dans les programmes scolaires à travers le Canada ; ainsi que la protection et la promotion des langues et cultures autochtones.

Chaque année, le 30 septembre, tout le Canada célèbre la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation ainsi que la Journée du chandail orange. Cette commémoration publique honore l'histoire tragique et douloureuse des pensionnats, ainsi que les séquelles durables subies par les survivants, leurs familles et leurs communautés.

C'est dans ce contexte que le Collège Nordique s'engage à œuvrer pour la vérité et la réconciliation.

Un Collège en marche...

Avec le déclin des langues autochtones parlées au Canada (Statistique Canada, 2021), la décolonisation et l'autochtonisation des pratiques d'enseignement des langues sont essentielles à la préservation des cultures, des langues et des visions du monde autochtones. C'est pourquoi le Collège Nordique s'est engagé à travailler avec des organisations locales, des groupes autochtones, ainsi qu'avec les gouvernements territorial et fédéral, pour rendre l'apprentissage des langues et des cultures autochtones accessible, attrayant et pertinent pour les membres de la communauté.

Un premier pas : contribuer à la revitalisation des langues autochtones

Le Collège Nordique est situé à Yellowknife, en plein coeur des Territoires du Nord Ouest, où sont parlées neuf langues autochtones officielles : Dene kǝdǝ́, Dëne sųłıné, Dene zhatıé, nēhiyawēwin, Dinjii zhuʼ ginjik, Inuinnaqtun, Inuktitut, Inuvialuktun et Tłı̨chǫ.

Dans ses efforts pour contribuer à revitaliser les langues autochtones, le Collège propose depuis 2016 des cours en tłı̨chǫ yatıı̀, enseignés par quatre professeures remarquables : Geogina Franki, Camilia Zoe Chocolate et Cecilia Wood, enseignantes de tłı̨chǫ, nées à Behchokǫ̀, et Rosie Benning, enseignante de français et de tłı̨chǫ et directrice de la formation et de l'enseignement.

Toutefois, il était essentiel pour le Collège de collaborer plus étroitement avec les communautés autochtones, car notre ligne directrice « jamais d’eux sans eux » est au cœur de notre engagement. Ainsi, le 3 avril 2023, nous avons été très heureux de conclure une entente avec le gouvernement Tłı̨chǫ pour l’enseignement de la langue tłı̨chǫ au sein des communautés. En réalisant cette initiative, le gouvernement Tłı̨chǫ a permis à un plus grand nombre de personnes d’accéder aux cours de la langue autochtone, de former une instructrice, et de continuer les efforts de revitalisation des langues autochtones.

Depuis, nous pouvons dire que grâce à nos collaborations avec le gouvernement Tłı̨chǫ, les Premières Nations Déné de Yellowknife, et d'autres organisations communautaires comme le WLWB et Bushkids, ont porté leurs fruits. Notre population étudiante en langues autochtones est passée de 16, lors de notre première année, à 262 pour l'année scolaire 2022-2023.


Rosie Benning, est plus que ravie de cet engouement :

« Quand je vois tout le chemin que nous avons parcouru depuis les débuts du Collège jusqu'à aujourd'hui, je suis tellement heureuse et fière de constater combien les cours de tłı̨chǫ profitent aux communautés! »

Patrick Arsenault, directeur général du Collège Nordique, est souvent interrogé sur l'importance que le Collège, un établissement postsecondaire francophone, accorde à la collaboration avec les communautés autochtones :

« Je pense que c'est important pour le Collège Nordique d'agir pour la vérité et la réconciliation en mettant à profit son expérience et ses forces. En tant que minorité culturelle et linguistique, les francophones veulent mieux comprendre les réalités des peuples autochtones par l'apprentissage de leurs langues et le partage des cultures. Le Collège Nordique est fier de créer des ponts entre les francophones, les autochtones, les nouveaux arrivants et les autres membres de la communauté. »

La motivation des élèves et le succès des cours apportent un grand espoir pour la revitalisation des langues autochtones et nous encouragent à intensifier nos efforts pour poursuivre notre mission avec encore plus de détermination. C'est dans cet esprit qu'en 2024, nous avons lancé des cours d'inuktitut.

Témoignage d'une étudiante :

Jody Ann Zoe, une étudiante tłı̨chǫ de Behchokǫ̀ dans les Territoires du Nord-Ouest, explique qu'elle s'est inscrite à ce cours pour pouvoir tenir une conversation avec une personne aînée : « J'ai remarqué que, dans ma communauté, il n'y a pas beaucoup de jeunes qui savent parler la langue, alors je veux revitaliser ma langue en commençant par moi-même. ».

Témoignage d'une personne étudiante :

Pour l'auteur déné tłı̨chǫ Richard Van Camp, qui a suivi le cours virtuellement, son apprentissage a profondément transformé sa famille : « Récemment, ma mère était en ville et j'ai pu l'appeler semǫ (ma mère) pour la première fois. À 71 ans, elle m'aide à apprendre les chiffres de 1 à 10, et j'ai 51 ans. Je suis la preuve vivante qu'il n'est jamais trop tard pour apprendre sa langue et assumer la responsabilité de sa culture. Cela me rend si heureux que notre enfant, Edzazii, nous voie et nous entende pratiquer le tłı̨chǫ. ».

Un apprentissage immersif dans la culture autochtone

Parce que l'apprentissage est optimal lorsqu'il sollicite tous nos sens, nos cours de langues autochtones sont soigneusement conçus pour une immersion totale dans la culture, enrichis par une diversité d'activités. En plus des cours en salle, les personnes apprenantes participent à des activités en intérieur et en plein air avec des aînés dénés qui partagent leurs connaissances de la langue et de la culture.

Un second pas : contribuer à la réconciliation par le partage et l'immersion

Depuis 2019, nous avons mis en place un programme de jumelage intergénérationnel et interculturel entre la communauté étudiante de tłı̨chǫ et les aînés dénés. Ce programme a connu une croissance constante et suscite un intérêt croissant de la part de la communauté étudiante. Pour la session de printemps 2024, nous avons enregistré plus de 14 inscriptions et une participation active d'une dizaine de personnes aînées.

Depuis 2023, des cours d'introduction au tłı̨chǫ dans la nature se déroulent au centre d'apprentissage en plein air de l'école Įtłʼǫ̀, où une approche pédagogique autochtone offre aux personnes participantes un apprentissage plus authentique. La nature devient alors à la fois un lieu d'apprentissage et une source d'enseignement, permettant aux personnes apprenantes de développer leur compréhension culturelle tout en apprenant la langue.

Durant les activités dans la nature, tels que les camps de tannage de peaux de caribou, les personnes étudiantes ont la chance de voir de leurs propres yeux la profonde connexion que les aînés dénés entretiennent avec la terre. En pratiquant la langue et en écoutant les récits traditionnels, ils s'imprègnent de la vision de leur monde, et enrichissent leur compréhension culturelle.

En 2023, nous avons lancé un partenariat avec YK1 pour organiser un camp de tannage d'une semaine, combinant des ateliers de langue pour les élèves de 6e année et une exploration publique des techniques traditionnelles de préparation des peaux de caribou, élan et bœuf musqué. Cette initiative collaborative illustre notre dévouement à revitaliser la culture autochtone à travers des projets éducatifs innovants.

Les cours de langue tłı̨chǫ ne sont qu'un exemple de la manière dont le Collège Nordique agit pour la décolonisation et l’autochtonisation des pratiques d'enseignement des langues dans le Nord. Les étudiantes et étudiants qui apprennent l'anglais et le français comme langue additionnelles, ont également l'occasion d'en apprendre davantage sur le mode de vie des aînés dénés, grâce à des activités organisées telles que la pêche sur glace, l'art de l'écaille de poisson et des ateliers sur les plantes médicinales locales.

D'autres activités en intérieur sont proposées telles que l'initiation à l'art du perlage et à la couture de mocassins, et l'apprentissage par les jeux de société.

En complément, le Collège Nordique propose des cours immersifs de langue tłı̨chǫ en partenariat avec la Bibliothèque publique de Yellowknife. Ces sessions de 10 semaines sont ouvertes à tout le monde et incluent des activités ludiques telles que des jeux de société et des séances de perlage, offrant aux personnes participantes une introduction enrichissante à la langue et à la culture tłı̨chǫ, dans un cadre amusant.

Ces initiatives enrichissent notre programme linguistique déjà riche en ressources culturelles locales, telles que le cahier de tłı̨chǫ tłı̨chǫ Yatı̀ eyıts'ǫ Dǫ Nàowoò (Benning & Franki, 2022), le cahier français Rendez-vous Nordiques : langue et culture (Garcia, 2021), et le cahier d'exercices en anglais Meet Me Up North (Galarneau & Gonzalez, 2023). Elles reflètent notre engagement continu envers la décolonisation et l'autochtonisation des pratiques d'enseignement dans le Nord, tout en contribuant à une réconciliation durable au sein de notre communauté canadienne.

Pour beaucoup, la réconciliation est une responsabilité qui doit être partagée par toutes les personnes canadiennes afin d'apprendre à vivre ensemble en harmonie.

Kim Nichols, Yellowknifer de longue date, raconte :

« J'en ai fait l'expérience en tant que personne non autochtone employée par le gouvernement territorial. Ce type de programme fait partie intégrante de l'établissement de relations au sein des communautés et d'une meilleure compréhension du contexte dans lequel nous vivons en tant que non-autochtones. L'apprentissage de la langue et de la culture nous aide à comprendre les valeurs et les besoins locaux, ainsi que les obstacles à surmonter pour répondre à ces besoins. Je pense que l'apprentissage de la langue est une étape essentielle de la réconciliation avec notre passé, non seulement pour les peuples autochtones, mais aussi en tant que Canadiennes et Canadiens responsables. »

De nouvelles étapes sur le chemin de la réconciliation

À mesure que le Collège Nordique grandit et évolue, son engagement envers la vérité et la réconciliation continue lui aussi de s’approfondir. En nous appuyant sur notre travail de longue date en revitalisation des langues autochtones, en apprentissage culturel, en éducation sur le territoire et en mentorat intergénérationnel, réalisé avec nos partenaires communautaires, nous avons développé de nouvelles initiatives qui nous permettent d’approfondir nos relations avec les communautés autochtones, les personnes aînées, les gardiennes et gardiens du savoir ainsi que nos partenaires.

Notre approche repose sur des relations respectueuses, la collaboration et l’apprentissage aux côtés des communautés autochtones, des personnes aînées, des gardiennes et gardiens du savoir et de nos partenaires. Nous cherchons à créer des espaces où les langues, les savoirs, les cultures et les façons d’apprendre autochtones peuvent être partagés et transmis par les personnes et les communautés qui les portent.

Un exemple de l’évolution de cette approche est la création d’un plus grand nombre d’occasions d’apprendre la langue sur le territoire et dans des contextes culturels significatifs.

Amener l’apprentissage de la langue dans la nature

En août 2026, le ministère de la Culture et de la Protection des terres du gouvernement Tłı̨chǫ et le Collège Nordique ont travaillé ensemble à la réalisation du premier camp d’immersion linguistique et culturel tłı̨chǫ sur le territoire, au site spirituel du lac Russell à Behchokǫ̀. Cette initiative a réuni le tłı̨chǫ yatıı̀, les personnes aînées, les savoirs culturels, les relations et l’apprentissage sur le territoire.

Le camp a démontré l’importance d’aborder la revitalisation linguistique comme allant bien au-delà de l’enseignement en salle de classe. Les personnes participantes ont entendu le tłı̨chǫ yatıı̀ dans les prières et les récits, l’ont pratiqué au moyen de jeux et de stations d’apprentissage et l’ont utilisé dans des interactions quotidiennes, notamment en servant les personnes aînées. Elles ont ainsi pu créer des liens entre la langue, la famille, les lieux, la culture et la vie sur le territoire.

Les résultats ont été encourageants. Seize évaluations remplies par les personnes participantes décrivent le camp comme une expérience positive et enrichissante d’apprentissage linguistique et culturel. De leur côté, les personnes enseignantes ont observé, au fil de la semaine, une confiance accrue, une meilleure capacité à former des phrases et une utilisation plus autonome de la langue. Les personnes participantes ont particulièrement apprécié l’apprentissage auprès des personnes aînées, les récits, les promenades dans la nature, les activités culturelles, les stations d’apprentissage linguistique ainsi que les occasions de vivre et d’apprendre sur le territoire.

Les commentaires des personnes aînées ont également été particulièrement positifs. Elles ont notamment apprécié les récits et les enseignements, les occasions de transmettre leurs connaissances de la langue et de la culture tłı̨chǫ ainsi que le soutien offert par les personnes enseignantes et le personnel. Elles ont apprécié le fait que l’apprentissage de la langue soit lié aux savoirs culturels et à des expériences concrètes, notamment à travers la langue, les chants et le temps passé sur le territoire. Leurs commentaires ont souligné que la dimension relationnelle constituait l’une des grandes forces du camp et ont fortement appuyé une approche qui réunit le tłı̨chǫ yatıı̀, les personnes aînées, le territoire, la culture, les récits et l’apprentissage par l’expérience.

L’initiative a également constitué une importante réussite en matière de renforcement des capacités. Sa préparation avait commencé bien avant le camp, notamment par une formation en gestion de projet offerte au personnel du ministère de la Culture et de la Protection des terres à l’automne 2025, suivie de formations et d’expériences d’apprentissage inspirées du modèle du nêhiyawak Language Experience Camp, fondé par la Dre Belinda Daniels, professeure en revitalisation des langues autochtones à l’Université de Victoria. Cette collaboration a réuni les forces du gouvernement Tłı̨chǫ, des personnes aînées, des personnes enseignantes et du personnel du camp, ainsi que le soutien du Collège Nordique en gestion de projet, en conception pédagogique et en coordination. Des membres du personnel ont assumé de nouveaux rôles de leadership et d’enseignement, adapté les leçons tout au long de la semaine et réfléchi ensemble aux moyens de renforcer les futures activités.

Cette expérience a permis d’établir une base éprouvée pour de futures initiatives d’immersion en tłı̨chǫ. La majorité des personnes participantes ont indiqué vouloir poursuivre leur apprentissage, notamment en conversant avec leurs parents, grands-parents, personnes aînées, membres de leur famille et proches, ainsi qu’en intégrant des mots et des expressions en tłı̨chǫ à leurs conversations quotidiennes.

Le camp représente une autre étape dans le soutien à la revitalisation des langues autochtones par le partenariat, l’apprentissage intergénérationnel, les savoirs culturels et les relations avec le territoire. Parallèlement, nos partenaires explorent comment ces principes peuvent s’inscrire dans des parcours postsecondaires reconnus et durables pour l’apprentissage des langues autochtones.

Vers une formation postsecondaire en langues autochtones

En 2026, une étape importante a été franchie vers le développement d’un diplôme en langues autochtones dans les Territoires du Nord-Ouest. Le Collège Nordique, le gouvernement Tłı̨chǫ et le Collège Aurora se sont réunis avec des partenaires territoriaux afin de relancer une initiative dont les premières discussions remontaient à plusieurs années et d’explorer une approche concertée pour développer le programme.

L’initiative vise à commencer par un projet pilote en tłı̨chǫ, dont l’expérience pourrait éventuellement éclairer le développement de futurs programmes dans d’autres langues autochtones des Territoires du Nord-Ouest. Cette collaboration réunit les savoirs communautaires et culturels, l’expertise pédagogique et les capacités des établissements postsecondaires. Les partenaires ont manifesté un engagement important et une volonté commune de faire progresser la revitalisation des langues autochtones.

Pour le Collège Nordique, ce travail s’appuie sur une décennie d’enseignement du tłı̨chǫ tout en marquant une évolution importante : explorer comment l’apprentissage des langues autochtones peut s’inscrire dans des parcours postsecondaires durables et reconnus. Bien que le diplôme soit toujours en cours de développement, cette collaboration renouvelée constitue une étape importante vers la création de structures à long terme qui soutiennent la transmission, la protection et la vitalité des langues autochtones dans le Nord.

Ces discussions sur l’avenir de l’éducation en langues autochtones s’inscrivent également dans un dialogue beaucoup plus large à travers le Nord sur les façons dont les communautés et les établissements peuvent apprendre les uns des autres et travailler ensemble.

Rassembler les communautés de langues autochtones et minoritaires du Nord

En février 2026, le Collège Nordique a organisé à Yellowknife le Forum international sur la préservation et la promotion des langues autochtones et minoritaires du Nord. Des personnes aînées, des locutrices et locuteurs, des personnes œuvrant en éducation, des leaders communautaires, des chercheuses et chercheurs ainsi que des organisations des Territoires du Nord-Ouest, du Canada et de l’étranger se sont réunis afin d’échanger leurs connaissances et d’explorer des approches concrètes en matière de préservation, de revitalisation et de transmission des langues. Le Forum n’a pas été conçu comme une simple conférence, mais plutôt comme un espace de dialogue et d’action permettant de renforcer la collaboration entre les organisations autochtones, les établissements d’enseignement, les gouvernements et les communautés.

La participation a largement dépassé les attentes. Alors que l’objectif initial était de réunir de 30 à 40 personnes, plus de 100 personnes ont participé en personne et en ligne, dont 44 sur place et 58 à distance. Treize langues autochtones et minoritaires étaient représentées et une interprétation simultanée était offerte en anglais, en français, en tłı̨chǫ et en wıı̀lıı̀deh. La diversité linguistique faisait ainsi partie intégrante du Forum, plutôt que d’être simplement un sujet de discussion.

Les voix et les expériences liées aux langues autochtones et minoritaires ont été présentes tout au long du rassemblement. Les cérémonies d’ouverture, menées par l’Aînée tłı̨chǫ Rosa Mantla et l’Aînée inuk Rassi Nashalik, ont donné le ton au rassemblement, tandis que les discussions ont exploré les liens entre la langue, l’identité, le bien-être, la famille, les relations intergénérationnelles, l’éducation et le leadership communautaire. Le Forum s’est conclu par une puissante prestation de danse de Haugaaq (Julia) Ogina, Jerry Puglik et leur fille, Trisha Ogina. Tout au long du rassemblement, un message récurrent s’est dégagé : la transmission linguistique repose sur de solides relations entre les générations, et la revitalisation et la vitalité des langues autochtones et minoritaires peuvent renforcer l’identité, le sentiment d’appartenance, les liens familiaux et le bien-être communautaire.

Le Forum a également permis de réfléchir à l’avenir de l’éducation en langues autochtones. Un panel consacré aux approches collaboratives au niveau postsecondaire a exploré les façons d’intégrer davantage la revitalisation des langues autochtones aux programmes postsecondaires reconnus, tout en créant des liens entre la maîtrise de la langue, l’emploi, l’immersion et une présence institutionnelle accrue des langues autochtones.

Un autre résultat important a été la possibilité pour les communautés de langues autochtones et minoritaires d’apprendre les unes des autres et d’échanger entre les régions, tout en réaffirmant que la revitalisation des langues autochtones doit demeurer dirigée par les communautés et fondée sur l’autodétermination. Les discussions ont porté notamment sur la collaboration, la prise en charge communautaire, la transmission intergénérationnelle, la radiodiffusion et l’interprétation, les technologies linguistiques, la souveraineté des données culturelles et l’importance de veiller à ce que les langues soient utilisées dans la vie quotidienne plutôt que simplement préservées ou étudiées.

Surtout, le Forum a créé un élan qui s’est poursuivi au-delà de l’événement. Les personnes participantes ont reconnu l’importance de créer un moyen de poursuivre, au-delà du rassemblement, les relations, les échanges et les apprentissages partagés amorcés à Yellowknife. Le 27 février 2026, une demande officielle a donc été présentée à UArctic afin de créer un Réseau thématique sur les langues autochtones et minoritaires du Nord.

Du dialogue à une collaboration durable à travers le Nord

Les conversations amorcées lors du Forum ont depuis pris une nouvelle dimension.

En 2026, lors de l’Assemblée de l’Université de l’Arctique (UArctic), la proposition du Collège Nordique visant à créer un réseau thématique consacré aux langues autochtones et minoritaires a été approuvée à l’unanimité par les membres présents, avec 179 votes en faveur.

Le réseau transforme les relations développées dans le cadre du Forum en une structure durable de collaboration. Il permettra de réunir des communautés de langues autochtones et minoritaires, des établissements d’enseignement, des chercheuses et chercheurs et des organisations de l’ensemble du Nord circumpolaire, créant ainsi des occasions de partager des pratiques prometteuses, de renforcer les parcours éducatifs et de développer des solutions ancrées dans les réalités nordiques.

L’initiative bénéficie déjà d’un large soutien. La proposition a rassemblé des partenaires issus de communautés et d’organisations nordiques ainsi que d’établissements postsecondaires au Canada et à l’étranger. Les lettres d’appui ont souligné l’importance d’une collaboration durable fondée sur les systèmes de savoirs autochtones, les partenariats communautaires et l’autodétermination dans le Nord.

Le réseau vise à concrétiser cette collaboration par des forums et webinaires internationaux, du mentorat et du développement du leadership, des cours et des formations conjointes, le partage de pratiques prometteuses, la mobilisation des connaissances et la recherche collaborative. Il cherche également à renforcer la présence des langues autochtones dans l’enseignement postsecondaire et à explorer l’utilisation responsable des technologies émergentes dans la revitalisation linguistique.

Pour le Collège Nordique, l’approbation unanime du réseau représente une étape importante dans son cheminement vers la réconciliation : passer d’initiatives individuelles à des relations et à des structures durables qui soutiennent la revitalisation des langues autochtones à long terme. Elle reconnaît également l’expertise développée au fil des années de collaboration avec les communautés et les partenaires autochtones et crée de nouvelles occasions d’apprendre des efforts de revitalisation linguistique menés dans l’ensemble du Nord circumpolaire et d’y contribuer.

À mesure que ces partenariats et ces initiatives prennent de l’ampleur, ils renforcent également l’importance de continuer à développer les connaissances et l’expertise au sein même du Collège Nordique.

Renforcer notre expertise en revitalisation des langues autochtones  

En 2026, le Collège Nordique a renforcé son expertise interne en revitalisation des langues autochtones lorsque Rosie Benning, directrice de l’éducation et de la formation, a obtenu une maîtrise en éducation en revitalisation des langues autochtones de l’Université de Victoria.

Son projet de maîtrise, Hazǫǫ Tłı̨chǫ Yatıì Hoghàdets’etǫ: A Community-Based Approach to Learning Tłı̨chǫ Yatıì Online, a été développé en collaboration avec des personnes aînées, des gardiennes et gardiens du savoir, des personnes œuvrant en éducation et des membres de la communauté. Il explorait le développement d’un cours asynchrone de tłı̨chǫ ancré dans les valeurs tłı̨chǫ, les façons d’apprendre et la transmission des savoirs, tout en cherchant à rendre l’apprentissage de la langue plus accessible, peu importe le lieu de résidence ou les contraintes d’horaire. Le projet renforce une approche de la revitalisation linguistique qui établit des liens entre l’apprentissage de la langue, la culture, le territoire et la transmission intergénérationnelle des savoirs.

Cette réalisation n’aurait pas été possible sans la générosité, les conseils et les savoirs des nombreuses personnes qui ont accompagné ce parcours d’apprentissage. Rosie exprime sa profonde gratitude à toutes les personnes qui lui ont enseigné le tłı̨chǫ, pour avoir partagé avec patience et générosité leurs connaissances de la langue et de la culture, ainsi qu’aux personnes aînées et aux gardiennes et gardiens du savoir dont les récits, la sagesse et les conseils continuent d’ancrer ce travail. Elle remercie également profondément les partenaires du ministère de la Culture et de la Protection des terres du gouvernement Tłı̨chǫ, particulièrement Tammy Steinwand-Deschambault et Jacynthia Rabesca, ainsi que l’équipe du Collège Nordique pour son ouverture à l’apprentissage, à la collaboration et à la réflexion sur la décolonisation de l’éducation. Elle est tout aussi reconnaissante envers ses professeur·es et les membres de sa cohorte du programme de revitalisation des langues autochtones de l’Université de Victoria, dont les savoirs, les perspectives, les encouragements et les apprentissages partagés ont enrichi son parcours et continuent d’éclairer son travail. Masì nechà t’à nechà à toutes les personnes qui ont partagé leurs savoirs, créé des relations et cheminé à ses côtés.

Renforcer les capacités au sein de notre équipe  

Alors que le travail du Collège Nordique en revitalisation des langues autochtones, en apprentissage culturel et en réconciliation continue de prendre de l’ampleur, nous investissons également dans les capacités nécessaires pour soutenir et développer ces initiatives.

En septembre 2026, le Collège a lancé un processus de recrutement pour un nouveau poste destiné à soutenir ce secteur de travail en pleine croissance. L’ajout de cette personne à l’équipe reflète l’évolution des initiatives du Collège en matière de langues et de cultures autochtones ainsi que l’importance de disposer de ressources dédiées pour soutenir les relations avec les communautés, les personnes aînées, les gardiennes et gardiens du savoir et les partenaires, de même que le développement et la coordination des projets connexes.

Créer des occasions d’apprentissage sur la vérité et la réconciliation

Notre engagement comprend également la création d’occasions permettant aux personnes qui ne participent pas à nos programmes linguistiques d’approfondir leur compréhension de la vérité et de la réconciliation et de réfléchir à la manière dont elles peuvent y contribuer dans leur propre pratique professionnelle.

En septembre 2026, le Collège Nordique a développé, en collaboration avec la Coopérative francophone des centres en petite enfance (CFCEPE), l’atelier de perfectionnement professionnel Grandir ensemble sur le chemin de la réconciliation, destiné aux professionnelles et professionnels francophones de la petite enfance. 

L’atelier invitait les personnes participantes à mieux comprendre l’histoire et les réalités contemporaines des peuples autochtones, à explorer les répercussions des politiques coloniales sur les enfants, les familles, les langues et les cultures et à réfléchir aux façons de valoriser les langues, les cultures et les savoirs autochtones dans les milieux de la petite enfance. Les personnes participantes étaient également invitées à réfléchir à leurs propres pratiques professionnelles et à déterminer des actions concrètes pouvant contribuer à créer des milieux éducatifs respectueux, inclusifs et favorables à la réconciliation.

L’atelier a été coanimé par la Dre Angela James et Rosie Benning, réunissant une expertise en éducation autochtone dans les Territoires du Nord-Ouest, en revitalisation des langues autochtones, en enseignement des langues et en développement de programmes. L’objectif était de faire le lien entre les apprentissages sur la vérité et la réconciliation et les changements concrets que les personnes éducatrices peuvent intégrer à leur travail quotidien auprès des jeunes enfants et des familles.

Bien que cette initiative soit différente d’un camp linguistique, d’un programme postsecondaire ou d’un réseau international, elle s’inscrit dans la même approche : créer des occasions d’apprendre à partir des savoirs et des perspectives autochtones, de réfléchir à nos propres pratiques et de renforcer les relations.

La réconciliation comme relation continue

Ces initiatives diffèrent par leur forme et leur portée. Certaines réunissent deux personnes autour d’une activité culturelle. D’autres créent des liens entre des communautés, des gouvernements ou des établissements situés dans différentes régions du monde.

Pourtant, elles reposent toutes sur une même conviction : la réconciliation se construit par les relations.

Elle se construit lorsqu’une personne prend le temps d’apprendre quelques mots dans la langue du territoire où elle vit. Lorsqu’une personne aînée transmet ses savoirs aux jeunes. Lorsqu’une personne apprenante écoute avant de parler. Lorsqu’une communauté participe aux décisions qui concernent sa langue et sa culture. Et lorsque les institutions reconnaissent qu’elles ont, elles aussi, un rôle à jouer pour créer les conditions permettant à ces langues, à ces cultures et à ces systèmes de savoirs de continuer à vivre et à être transmis.

Le cheminement vers la vérité et la réconciliation n’a pas de destination finale. Pour le Collège Nordique, il s’agit d’un engagement continu à apprendre, écouter, bâtir des relations et avancer ensemble.

Rencontrez Georgina Franki et Rosie Benning, professeures de tłı̨chǫ, et leurs personnes étudiantes

Pour Georgina Franki, gardienne du savoir dans le cadre des cours de langues tłı̨chǫ, il est important que les membres autochtones et non autochtones de la communauté travaillent ensemble pour que ses petits-enfants puissent grandir dans un monde où ils pourront réaliser leurs rêves, à l'abri des traumatismes intergénérationnels causés par le colonialisme. Pour y parvenir, dit-elle, nous devons nous écouter mutuellement et apprendre les uns des autres afin de nous comprendre. Il est essentiel d'acquérir une connaissance réciproque de la langue et de la culture de l'autre.

Georgina cite souvent ses aînés qui disent :

« Soyez forts comme deux personnes! »

Pour récompenser son travail, sa détermination et son engagement pour l'enseignement de la langue tłı̨chǫ, Georgina a reçu le prix d'éducatrice remarquable des TNO en 2023.

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