Sommet panterritorial sur l'apprentissage en français dans le Nord canadien
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Entre février et avril, le Collège Nordique a mené une tournée terrain à Hay River, Fort Smith et Inuvik afin de documenter en profondeur les besoins en formation et en éducation postsecondaire en français.
Portée par Lucas Beaudre, cette démarche s’appuie sur une approche rigoureuse : croiser des données quantitatives issues de sondages avec des analyses qualitatives provenant de rencontres sur le terrain.
un financement de l’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne, dans le cadre du projet en petite enfance, et du Réseau des cégeps et des collèges francophones du Canada, dans le cadre du Sommet sur l’apprentissage.
« Les données nous orientent, mais ce sont les rencontres qui donnent du sens. C’est là qu’on comprend réellement les besoins », souligne Lucas.
À Hay River, les constats révèlent une réalité souvent peu visible : une communauté francophone et francophile bien présente, mais dont les liens avec l’offre de formation en français restent à renforcer.
Les sondages et les rencontres ont permis de confirmer un intérêt pour la formation en français, particulièrement lorsqu’elle est accessible à distance et adaptée aux réalités nordiques.
Cependant, la mobilisation demeure un défi. Le manque de points de contact fait en sorte que les personnes intéressées ne parviennent pas toujours à s’engager pleinement.
« Les gens sont là, mais il faut aller vers eux. Sinon, on passe à côté d’une partie importante de la réalité », explique Lucas.
Un autre enjeu structurant concerne la petite enfance. L’absence de services de garde en français limite les occasions d’exposition à la langue dès le plus jeune âge, ce qui a un impact direct sur la continuité des parcours éducatifs en français.
À Fort Smith, la dynamique repose largement sur l’engagement des familles et de la communauté.
Les rencontres avec Geneviève Côté, des personnes éducatrices et des partenaires locaux ont mis en lumière une mobilisation remarquable pour maintenir et développer l’éducation en français.
Dans un contexte où les services sont limités, la communauté agit comme moteur.
« Ce qu’on voit ici, c’est une francophonie qui existe parce que des gens ont décidé qu’elle devait exister », observe Lucas.
Le développement d’une garderie francophone est perçu comme une étape clé pour soutenir cette vitalité. La présence d’un local, de personnes intéressées et d’un intérêt pour des formations en petite enfance crée des conditions favorables à l’émergence de projets structurants.
Ce type d’engagement se traduit concrètement sur le terrain :
« S’il faut ouvrir nos portes pour que ça se fasse, on va le faire », a partagé une membre de la communauté, prête à accueillir des activités éducatives dans sa propre maison.
Cette capacité d’action démontre que, dans les petites communautés, les initiatives reposent souvent sur des personnes engagées, capables de transformer des contraintes en opportunités.

À Inuvik, la communauté francophone est plus restreinte et les dynamiques relationnelles reposent davantage sur la confiance et le temps.
Les rencontres ont permis d’identifier des besoins en formation, notamment en administration, en gestion et en leadership, en lien avec les réalités du marché du travail local.
Cette réalité est également soulignée par Aleksandar Kovacevic, président du conseil d’administration du Collège Nordique et résident d’Inuvik :
« Il y a de réelles opportunités professionnelles dans la région, mais le défi reste l’accès à une main-d’œuvre formée. Le bilinguisme devient un levier important, autant pour les personnes que pour les organisations. »
Un autre enjeu majeur concerne l’accès à l’information. Plusieurs personnes rencontrées ont exprimé leur intérêt pour les formations en français, tout en mentionnant ne pas en avoir connaissance auparavant.
« Ce n’est pas un manque d’intérêt, c’est un enjeu d’accès à l’information », résume Lucas.

Un constat se dégage clairement de cette tournée : l’omniprésence de l’anglais ne reflète pas nécessairement les aspirations des communautés.
Dans plusieurs cas, l’anglais est utilisé par défaut, parce qu’il est plus accessible ou déjà structuré. Toutefois, lorsque des alternatives en français sont proposées, l’intérêt est réel.
« Ce n’est pas parce que c’est en anglais que c’est ce que les gens veulent. C’est souvent ce qui est disponible », souligne Lucas.
Dans certaines régions, l’information circule principalement par le bouche-à-oreille, les réseaux locaux ou les affiches, avec une présence limitée sur les plateformes numériques et les canaux en ligne.
Ce constat souligne l’importance d’adapter les stratégies de communication afin de rejoindre des personnes pourtant fortement intéressées, mais peu exposées aux canaux traditionnels.
Cette réalité a également été observée lors d’échanges à l’extérieur des Territoires du Nord-Ouest, notamment à Calgary, où plusieurs personnes ont découvert l’existence des formations du Collège Nordique pour la première fois, malgré un intérêt immédiat.

Des communautés à valoriser, des leviers à renforcer
Les rencontres ont mis en lumière des communautés résilientes, engagées et porteuses d’initiatives concrètes.
Le soutien des associations, les financements publics et les partenariats jouent un rôle essentiel pour maintenir et développer la présence du français, tout en créant des opportunités éducatives et professionnelles.
Dans ces contextes, chaque initiative compte, et chaque action peut avoir un impact significatif.
Les données recueillies, les témoignages entendus et les relations établies au cours de cette tournée alimenteront directement les prochaines étapes du Collège Nordique.
Cette démarche représente bien plus qu’une série de déplacements. Elle constitue une analyse approfondie, ancrée dans les réalités du terrain, menée à travers deux projets structurants. Pour un établissement de taille modeste, et dans un contexte où les communautés sont elles-mêmes de tailles et de dynamiques très variables, ce type de recherche terrain demeure un privilège rare.
Les besoins diffèrent d’un territoire à l’autre : certaines communautés sont portées par des familles engagées, d’autres davantage par des réalités professionnelles ou migratoires. À cela s’ajoutent les enjeux propres à la nordicité et au français en contexte minoritaire, qui façonnent des réalités uniques et nécessitent des approches adaptées.
« Ce genre de tournée nous permet de vraiment comprendre ce qui se passe sur le terrain. Ce n’est pas toujours quelque chose qu’on a l’occasion de faire à cette échelle, et ça change complètement notre façon de réfléchir aux solutions », souligne Lucas.
Au fil des rencontres, une chose s’est confirmée : les communautés sont prêtes.
Qu’il s’agisse d’écoles ouvertes à accueillir des personnes étudiantes, de partenaires disposés à partager leurs espaces, ou de personnes éducatrices intéressées par des formations, des ateliers ou du mentorat, les bases d’une collaboration concrète sont déjà présentes.
Cette mobilisation arrive à un moment clé. Alors que le Collège Nordique entame une nouvelle année de programmation, de nouvelles formations, de nouveaux ateliers et de nouvelles initiatives verront le jour, notamment en petite enfance et en formation continue.
Les apprentissages issus de cette tournée permettront non seulement de bonifier ces offres, mais surtout de les adapter de manière plus fine aux réalités des communautés.
Au-delà des projets eux-mêmes, cette démarche renforce une orientation essentielle : être en mesure d’agir de façon plus inclusive, en tenant compte des contextes locaux, des modes de communication propres à chaque communauté et des obstacles réels à l’accès à l’information.
Cette tournée marque ainsi une étape importante. Elle permet de transformer des observations en actions, des besoins en solutions, et des premiers contacts en partenariats durables.
« Aller à la rencontre des communautés, c’est essentiel pour comprendre leurs réalités et bâtir des solutions durables. Cette tournée confirme que les besoins sont bien présents et que les communautés sont prêtes à collaborer pour faire avancer la formation en français dans le Nord », souligne Patrick Arsenault, directeur général du Collège Nordique.
Publié le 20 avril 2026
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