ePIC Canada 2026 : reconnaître toutes les façons d’apprendre 

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Et si un diplôme n’était qu’une des nombreuses façons de démontrer ce que nous savons faire ?

Cette question était au cœur d’ePIC Canada 2026, auquel ont participé Mounir Barry et Patrick Arsenault, du Collège Nordique, les 28 et 29 septembre à Ottawa.

Organisée par le Réseau pour le développement de l’alphabétisme et des compétences (RESDAC), cette première édition pancanadienne a réuni des personnes provenant notamment des milieux gouvernementaux, de l’éducation, de l’emploi, de la recherche, des technologies, des entreprises et des communautés francophones. Toutes étaient réunies autour d’une même réflexion : comment mieux reconnaître ce que les personnes apprennent, peu importe où et comment elles l’apprennent? 

Apprendre tout au long et au large de la vie

Nous apprenons à l’école, au collège et à l’université, mais les apprentissages ne s’arrêtent pas aux portes d’une salle de classe.

Nous apprenons aussi au travail, en faisant du bénévolat, en nous impliquant dans notre communauté, en accompagnant nos familles, en nous établissant dans un nouveau pays ou simplement en relevant les défis que la vie place sur notre chemin.

Ces expériences donnent lieu à des apprentissages formels, non formels et informels. Le mouvement de la reconnaissance ouverte propose de mieux les identifier, les documenter et les valoriser afin que les compétences acquises dans différents contextes puissent elles aussi être reconnues.

Cette réflexion rejoint directement la mission du Collège Nordique et notre volonté de favoriser l’apprentissage tout au long de la vie. Dans le Nord, où les parcours professionnels et personnels sont particulièrement diversifiés, reconnaître différentes façons d’apprendre permet aussi de mieux tenir compte des expériences et des réalités propres à nos communautés.

Rendre visibles les compétences avec les Francobadges

Les Francobadges permettent de mettre cette approche en pratique.

Développée pour la francophonie canadienne, cette initiative de badges numériques ouverts permet de reconnaître et de rendre visibles des compétences et des apprentissages qui ne sont pas nécessairement attestés par un diplôme traditionnel.

Une personne peut, par exemple, développer des compétences en leadership grâce à son engagement bénévole, acquérir des compétences numériques au travail, apprendre à naviguer dans de nouveaux systèmes après son arrivée au Canada ou développer des capacités interculturelles en s’impliquant dans sa communauté.

Ces apprentissages sont bien réels, même lorsqu’ils ne se retrouvent pas sur un relevé de notes.

L’objectif n’est donc pas de remplacer les diplômes ou les certifications traditionnelles, mais plutôt d’élargir les façons de reconnaître les connaissances, les compétences et les expériences acquises au fil d’un parcours.

Derrière les compétences, des parcours humains

Les conférences, ateliers et échanges d’ePIC Canada ont également permis de découvrir des initiatives mises en œuvre ailleurs au pays.

Pour Patrick, l’un des moments marquants est venu d’une présentation du CODAC NB, un organisme consacré au développement de l’alphabétisme et des compétences des adultes francophones au Nouveau-Brunswick.

Son programme Compétences pour s’intégrer et s’épanouir accompagne notamment des femmes nouvellement arrivées dans l’identification et la valorisation des compétences qu’elles ont développées tout au long de leur vie et qui peuvent contribuer à leur intégration, à leur recherche d’emploi et à leur participation communautaire. Les personnes participantes peuvent également y développer leurs compétences numériques et socioémotionnelles, apprendre à mieux naviguer dans le marché du travail, créer un réseau et renforcer leur confiance.

Les témoignages présentés à Ottawa ont permis de mettre des visages sur une réflexion qui peut parfois sembler très théorique. Derrière une compétence développée se trouve une personne qui gagne en autonomie et qui élargit ses possibilités de participer pleinement à sa communauté.

Cette approche trouve un écho particulier au Collège Nordique.

Depuis 2026, le Collège et le NWT Literacy Council développent ensemble le Centre d’alphabétisation communautaire bilingue de Yellowknife. Le Centre offre gratuitement des activités et des services en français et en anglais dans plusieurs domaines, notamment l’alphabétisation, la littératie numérique et financière, le tutorat, l’apprentissage des langues et l’intégration communautaire.

À travers ce nouveau projet, nous explorons nous aussi les liens entre apprentissage, développement des compétences, autonomie et participation à la communauté. 

Retrouver une alliée de la francophonie

Un autre moment marquant a été l’allocution de Son Honneur l’honorable Édith Dumont, lieutenante-gouverneure de l’Ontario.

Première francophone à occuper cette fonction, Mme Dumont a consacré une grande partie de sa carrière au milieu de l’éducation francophone. Elle a notamment contribué au développement de l’Université de l’Ontario français avant sa nomination comme lieutenante-gouverneure.

Son passage à ePIC avait également une signification particulière pour le Collège Nordique. Mme Dumont entretient elle-même des liens avec le Nord, ayant notamment vécu à Frobisher Bay, aujourd’hui Iqaluit. Dans le cadre de ses fonctions précédentes, elle avait également eu l’occasion de visiter le Collège à Yellowknife. La retrouver à Ottawa représentait ainsi une occasion de renouer avec une alliée qui connaît déjà les réalités nordiques et celles de la francophonie.

Sa présence dans le cadre d’une rencontre consacrée à l’avenir de l’apprentissage et de la reconnaissance des compétences témoignait une nouvelle fois de l’importance des liens qui unissent les établissements et les acteurs de la francophonie canadienne.

Une réflexion qui dépasse les frontières

La reconnaissance ouverte ne s’arrête pas au contexte canadien. Le mouvement ePIC s’inscrit dans une réflexion internationale sur les façons de reconnaître des apprentissages réalisés dans une multitude de contextes. Les rencontres organisées au fil des années ont permis à des personnes de différents pays et secteurs de partager leurs pratiques, leurs outils et leurs réflexions sur l’évolution de l’apprentissage.

L’arrivée d’ePIC au Canada permet maintenant de poursuivre cette conversation en tenant compte des réalités propres au pays, notamment celles des communautés francophones en situation minoritaire.  

À Ottawa, les discussions ont ainsi porté autant sur les outils de reconnaissance que sur les conditions nécessaires pour construire une société où davantage de personnes peuvent faire reconnaître leurs connaissances, leurs expériences et leur potentiel.

Cette première édition canadienne s’est conclue par la signature de la Déclaration d’Ottawa sur la reconnaissance ouverte des compétences par les personnes participantes à ePIC Canada 2026. Lancée officiellement le 29 septembre, elle s’inscrit dans la continuité de la Déclaration de Bologne et de la Déclaration de Paris sur l’égalité des reconnaissances. S’inscrivant dans la continuité de la Déclaration de Paris sur l’égalité des reconnaissances, elle réaffirme notamment que la reconnaissance est une pratique humaine fondamentale, que chacune et chacun a le pouvoir de reconnaître et que l’acte de reconnaissance peut être émancipateur.

Les organisations et les personnes signataires y soulignent également l’importance particulière de ces principes pour les communautés francophones en situation minoritaire au Canada et reconnaissent les besoins propres à ces communautés.

Pour le Collège Nordique, ces principes trouvent un écho particulier dans un contexte où les parcours d’apprentissage, les expériences professionnelles et l’engagement communautaire prennent des formes multiples.

Une question d’équité pour la francophonie

Pour les communautés francophones en situation minoritaire, cette réflexion dépasse largement la question des badges numériques.

Elle pose des questions plus fondamentales sur l’accès à l’apprentissage et au développement des compétences, sur la capacité de rendre visibles des parcours parfois atypiques et sur les moyens de reconnaître les expériences acquises dans des contextes très différents.

Dans le Nord, ces questions prennent une dimension particulière. Les réalités géographiques, linguistiques, culturelles et professionnelles des territoires font en sorte que les parcours ne suivent pas toujours une trajectoire traditionnelle. 

La démarche de reconnaissance ouverte des compétences portée par le RESDAC nous amène ainsi à réfléchir à la façon dont nous pourrions, au Collège Nordique, faire évoluer nos propres pratiques de reconnaissance des acquis.

Dans nos communautés, les compétences se développent au travail, dans l’engagement communautaire et à travers l’adaptation constante aux réalités du Nord. Les personnes y développent notamment leur créativité, leur capacité d’adaptation, leur autonomie, leur aptitude à collaborer et leur engagement envers leur communauté. Pourtant, ces compétences peuvent demeurer difficiles à rendre visibles lorsqu’elles ne sont pas associées à un diplôme ou à une formation formelle.

Pour Mounir Barry, cette réflexion ouvre la porte à une vision plus large de la reconnaissance des compétences :

« Notre réflexion est donc de mieux reconnaître ce que les personnes savent réellement faire, peu importe où et comment elles l’ont appris. Rendre ces compétences visibles et les valoriser pourrait leur permettre de les faire reconnaître dans leur parcours postsecondaire, mais également dans leur cheminement professionnel. »

Mieux reconnaître ces apprentissages peut ainsi contribuer à valoriser les personnes qui les possèdent, mais aussi à renforcer les communautés dans lesquelles elles mettent leurs compétences à contribution.

Cette réflexion sur la reconnaissance et le développement des compétences s’inscrit également dans un contexte plus large d’équité linguistique. Quelques jours après ePIC Canada, le RESDAC a annoncé le dépôt d’une plainte auprès du Commissariat aux langues officielles concernant la répartition de certains fonds fédéraux consacrés au développement des compétences. La plainte vise Emploi et Développement social Canada ainsi qu’Innovation, Sciences et Développement économique Canada.  

Selon le RESDAC, les mécanismes actuels ne permettent pas aux communautés francophones en situation minoritaire de bénéficier équitablement de certains investissements dans ce domaine. L’organisme demande notamment que les besoins propres à ces communautés soient davantage pris en compte dans le financement du développement des compétences. 

Cette démarche rappelle que reconnaître les compétences ne consiste pas seulement à développer de nouveaux outils. Il faut également créer les conditions permettant aux communautés de développer ces compétences et de les faire reconnaître.

Faire entendre la réalité du Nord

ePIC Canada a finalement offert une occasion de retrouver des partenaires de la francophonie canadienne, d’échanger avec des membres de l’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne et de créer de nouveaux liens avec des personnes et des organisations de partout au pays.

Pour le Collège Nordique, être présent dans ces espaces est essentiel.

Au cours des dernières années, le Collège a multiplié les collaborations afin de renforcer l’accès à l’éducation, à la formation et au développement des compétences en français dans le Nord. Ces partenariats permettent d’apprendre de ce qui se fait ailleurs, mais aussi de faire connaître les réalités particulières des territoires dans les conversations nationales. 

De gauche à droite : Yvon Laberge, Collège Éducacentre; Louka Morin-Tremblay, ACUFC; Amélie Gagnon, La Cité; Daniel St-Louis, Collège Boréal; Marie-Eve Pépin, ACUFC; et Patrick Arsenault, Collège Nordique.

Participer à ePIC Canada, c’est donc réfléchir à l’avenir de la reconnaissance des apprentissages, mais c’est aussi s’assurer que le Nord participe à cette réflexion.

Parce que si toutes les façons d’apprendre méritent d’être reconnues, toutes les réalités doivent également avoir une place autour de la table.

Pour poursuivre la réflexion

La Déclaration d’Ottawa marque le début d’un engagement collectif à poursuivre le mouvement vers une reconnaissance plus ouverte des compétences, tout au long et au large de la vie. Le RESDAC a également publié un communiqué présentant les faits saillants d’ePIC Canada 2026 et les principes portés par cette nouvelle déclaration.