Le leadership au service des communautés francophones

  • Éducation
  • Collaboration nationale
  • Portrait
  • Culture et arts

Dans ce témoignage, Marilou Pilote, coordonnatrice du marketing et de la création de contenus au Collège Nordique, revient sur les apprentissages tirés du Forum sur le leadership et l'engagement citoyen du Centre de la francophonie des Amériques et sur les retombées concrètes de cette expérience pour le Collège Nordique.

Des collaborations qui élargissent la réflexion 

Au Collège Nordique, les partenariats occupent une place importante dans le développement de nos initiatives. Comme plusieurs organismes francophones en contexte minoritaire, nous collaborons régulièrement avec des partenaires de partout au Canada afin de partager des ressources, développer de nouveaux projets et mettre en commun des expertises adaptées aux réalités de nos communautés.

Du 15 au 19 juin 2026, j'ai eu l'occasion de participer au Forum sur le leadership et l'engagement citoyen, organisé par le Centre de la francophonie des Amériques en collaboration avec l'Université du Québec à Montréal (UQAM). Grâce à une bourse de mobilité de LOJIQ et au soutien du Collège Nordique, j'ai pris part à cette formation réunissant 42 jeunes leaders provenant de 22 pays et territoires des Amériques.

Au-delà des ateliers sur le leadership, le Forum constituait surtout un espace de dialogue entre des personnes engagées dans le développement de leur communauté. Pour moi, l'un des principaux intérêts de cette expérience résidait dans la possibilité d'élargir des réflexions que nous avons déjà au Collège Nordique en échangeant avec des francophonies qui évoluent à l'extérieur du Canada. 

Certaines communautés évoluent dans un environnement où le français est une langue officielle. D'autres le font vivre sans bénéficier de ce statut, en s'appuyant principalement sur les écoles, les organismes communautaires, les familles ou les établissements d'enseignement. Cette diversité soulève des questions qui rejoignent directement notre travail. Qu'est-ce qui motive une personne à apprendre le français? Comment développe-t-on un sentiment d'appartenance envers une langue? Quel rôle jouent les établissements d'enseignement, les organismes communautaires ou les institutions publiques dans sa transmission?  

Pour le Collège Nordique, ces échanges représentent une occasion d'enrichir notre réflexion. En accueillant des personnes étudiantes, des personnes nouvellement arrivées et des partenaires issus de parcours très diversifiés, nous évoluons déjà dans un environnement où les expériences de la francophonie sont multiples. Les initiatives développées ailleurs dans les Amériques offrent de nouvelles pistes de réflexion qui peuvent inspirer nos propres pratiques, tout comme l'expertise développée dans le Nord peut contribuer à celles d'autres communautés. 

Des réalités différentes qui nourrissent une réflexion commune 

L'un des panels qui m'a le plus marquée réunissait des personnes représentantes de la Louisiane, d'Haïti et du Québec. Malgré des contextes très différents, les échanges revenaient constamment sur une même question : comment développer des initiatives qui répondent réellement aux besoins des communautés plutôt que d'appliquer des modèles conçus ailleurs?

La personne intervenante de la Louisiane expliquait que plusieurs ressources pédagogiques proviennent du Québec ou de la France. Bien qu'elles soient de grande qualité, elles ne correspondent pas toujours aux réalités culturelles, linguistiques et historiques du territoire. Elles doivent donc être adaptées afin que les personnes apprenantes puissent s'y reconnaître.

Du côté d'Haïti, les discussions portaient sur un modèle éducatif développé en réponse à un enjeu bien précis : la rétention des talents. Les personnes intervenantes expliquaient que de nombreuses personnes quittent le pays pour poursuivre leurs études ou leur carrière et n'y reviennent pas, malgré un fort attachement à leur communauté. Afin de répondre à cette réalité, leur établissement a développé un modèle qui accompagne les personnes étudiantes tout au long de leur parcours, de la petite enfance jusqu'aux études universitaires. Même lorsque les formations sont suivies à distance, les personnes étudiantes demeurent intégrées à une même communauté d'apprentissage. Cette approche contribue à renforcer leur sentiment d'appartenance envers leur établissement, mais aussi envers leur communauté et leur pays. 

Dans les trois territoires, nous faisons nous aussi face à des défis liés à la rétention des talents et au développement de ressources adaptées à notre réalité. Au Collège Nordique, nous investissons déjà beaucoup d'énergie dans la création de contenus qui répondent aux besoins du territoire, qu'il s'agisse de ressources pour l'apprentissage du français, de matériel pédagogique en santé, de contenus liés aux langues autochtones ou encore du recueil Nordicité. Ces projets mobilisent des équipes importantes et nécessitent du temps, du financement et une expertise spécialisée. 

Le Forum est venu renforcer une conviction déjà bien présente au Collège Nordique : les défis vécus par les communautés francophones en contexte minoritaire gagnent rarement à être abordés en vase clos. Depuis plusieurs années, le Collège mise sur les partenariats afin de partager les expertises et de développer des initiatives communes. Les échanges du Forum ont rappelé que cette façon de travailler pourrait également nourrir une réflexion plus large entre les différentes francophonies des Amériques et pas seulement au Canada. Plusieurs communautés développent des ressources adaptées à leur réalité en répondant à des enjeux très similaires. Sans uniformiser les contenus, il existe probablement des occasions de partager davantage les connaissances, les méthodes et les expertises afin d'accélérer le développement de ressources qui pourront ensuite être adaptées aux réalités de chaque territoire.

À l'heure où le Collège Nordique poursuit le développement de son campus panterritorial avec le Yukon et le Nunavut, cette réflexion me paraît particulièrement pertinente. Les partenariats ne servent pas uniquement à partager des idées. Ils permettent aussi de développer une expertise collective capable de répondre plus efficacement aux besoins des communautés francophones en contexte minoritaire. 

Le leadership comme moteur de changement

Parmi les rencontres qui m'ont le plus marquée, le panel auquel participait Pauline Marois occupe une place importante. Au-delà de son parcours politique, j'y ai découvert une femme qui a choisi d'utiliser sa voix pour faire avancer des idées malgré les obstacles rencontrés tout au long de sa carrière. Cette réflexion m'a rappelé qu'en période de changements, particulièrement dans les milieux de l'éducation et du communautaire, le leadership consiste aussi à avoir le courage de porter une vision, d'aborder des sujets sensibles avec nuance et de faire confiance à sa propre voix.

Comme coordonnatrice du marketing et de la création de contenus, cette discussion m'a amenée à réfléchir au rôle que peuvent jouer les communications. Au-delà de faire connaître les initiatives du Collège Nordique, elles peuvent aussi contribuer à mettre en lumière des enjeux qui touchent notre communauté, à raconter des histoires porteuses de sens et à créer des espaces de dialogue qui favorisent la compréhension et l'engagement. 

Un autre aspect qui m'a particulièrement réjouie est la place accordée aux perspectives autochtones tout au long du Forum. J'ai été heureuse de constater qu'elles n'étaient pas confinées à une seule activité, mais qu'elles étaient intégrées naturellement à l'ensemble de la programmation, notamment grâce aux interventions de Joséphine Bacon, du Dr Stanley Vollant et d'Aulaguea Thérèse. Ce qui m'a le plus marquée, c'est leur façon de créer des ponts entre les communautés sans jamais mettre de côté leur identité. Au contraire, leur lien au territoire, à leur culture et à leurs savoirs était au cœur de leurs interventions et devenait une force pour favoriser le dialogue et mieux comprendre les réalités des autres.

Cette vision m'a beaucoup rappelé ce que j'observe depuis mon arrivée aux Territoires du Nord-Ouest. Au Collège Nordique, nous avons la chance de collaborer avec des partenaires des Premières Nations qui enrichissent nos projets par leurs perspectives, leurs savoirs et leur relation au territoire. Retrouver cette même philosophie dans un forum réunissant des personnes participantes de partout dans les Amériques m'a semblé particulièrement inspirant. 

Cette importance accordée à l'écoute et à la diversité des expériences s'est également retrouvée dans la projection du documentaire Parler mal. En donnant la parole à des artistes acadiens qui racontent leur propre insécurité linguistique, le film rappelle qu'il n'existe pas une seule façon légitime de parler français. Cette réflexion a particulièrement résonné avec mon quotidien au Collège Nordique. J'ai la chance d'évoluer au sein d'une équipe composée de francophonies plurielles, où chaque personne apporte son accent, ses expressions et son parcours. Cette diversité est une richesse et nous rappelle que la vitalité de la langue française repose aussi sur la confiance de celles et ceux qui la parlent.

Au Collège Nordique, nous accompagnons chaque jour des personnes qui apprennent le français ou qui le vivent différemment selon leur histoire, leur pays d'origine ou leur parcours. Bien sûr, notre rôle est de les soutenir dans leur apprentissage. Il est aussi de créer un environnement où elles se sentent légitimes de s'exprimer, de participer aux conversations et de prendre leur place au sein de la francophonie, sans avoir l'impression qu'il n'existe qu'une seule manière acceptable de parler français. 

Une réflexion qui se poursuit au Collège Nordique 

Au terme de cette semaine, je ne reviens pas avec des réponses toutes faites, mais avec des réflexions qui continueront d'alimenter mon travail au Collège Nordique. Qu'il soit question du développement de ressources adaptées aux réalités des communautés, de la rétention des talents, du leadership, des partenariats avec les Premières Nations ou de la valorisation des francophonies plurielles, le Forum a démontré que plusieurs communautés expérimentent déjà des approches inspirantes. Les contextes diffèrent, mais les apprentissages peuvent circuler d'une communauté à l'autre et nourrir des projets adaptés à chaque territoire.

Comme coordonnatrice du marketing et de la création de contenus, je retiens également le rôle que peuvent jouer les communications dans cette mise en relation. Mettre en valeur les initiatives du Collège Nordique, raconter les expertises développées dans le Nord et créer des occasions de dialogue entre les communautés contribue aussi à faire avancer la francophonie. Les communications ne servent pas uniquement à diffuser de l'information; elles peuvent aussi rapprocher les personnes, renforcer le sentiment d'appartenance et faire rayonner des idées qui méritent d'être partagées. 

À propos de l'autrice 

Marilou Pilote est coordonnatrice du marketing et de la création de contenus au Collège Nordique. Passionnée par les communications, la photographie et le développement communautaire, elle s'intéresse particulièrement aux initiatives qui mettent en valeur les personnes, les cultures et les réalités souvent moins visibles. Son travail est guidé par un fort intérêt pour l'éducation, l'équité, la diversité, l'inclusion, l'accessibilité (ÉDIA+) ainsi que par une profonde curiosité pour la nordicité et les différentes façons de vivre la francophonie à travers le monde. Convaincue que les communications peuvent créer des ponts entre les communautés, elle cherche à raconter des histoires qui favorisent le dialogue, la compréhension et le sentiment d'appartenance. 

Publié le 27 juillet 2026