Réflexions à la suite du Congrès et de l’Assemblée UArctic 2026 à Tórshavn, aux îles Féroé

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Dans ce témoignage, Rosie Benning, directrice de la formation et de l’enseignement au Collège Nordique, revient sur son expérience au Congrès et à l’Assemblée UArctic 2026, tenus à Tórshavn, aux îles Féroé. 

Du 26 au 29 mai 2026, j’ai eu le privilège de participer au Congrès et à l’Assemblée UArctic à Tórshavn, aux îles Féroé, en compagnie de Camilia Zoe-Chocolate, enseignante de tłı̨chǫ au Collège Nordique. Cet événement a réuni des directions d’établissements, des représentantes et représentants autochtones, des chercheuses et chercheurs, des personnes enseignantes, des personnes étudiantes et des décideuses et décideurs de l’ensemble du Nord circumpolaire et d’ailleurs afin d’échanger sur certains des enjeux les plus importants auxquels font face les communautés arctiques.

Organisé par l’Université des îles Féroé en collaboration avec le ministère des Affaires étrangères et de la Pêche ainsi que l’Institut de recherche marine des îles Féroé, le congrès portait sur plusieurs thèmes liés aux priorités de la présidence danoise du Conseil de l’Arctique : le développement économique durable, les océans, les changements climatiques, la biodiversité ainsi que les peuples autochtones et les communautés nordiques.

Pour nous, cette expérience a été à la fois enrichissante sur le plan professionnel et profondément inspirante sur le plan humain.

Apprendre des approches autochtones et décoloniales 

Tout au long du congrès, j’ai assisté à plusieurs présentations stimulantes portant sur les approches autochtones et décoloniales en recherche arctique. Les personnes conférencières ont notamment souligné l’importance d’un engagement authentique auprès des communautés, de la responsabilité relationnelle dans la recherche communautaire autochtone ainsi que de l’intégration des savoirs et des langues autochtones dans les milieux éducatifs.

Un message revenait constamment : la recherche et l’éducation doivent être ancrées dans les relations humaines, la réciprocité et les priorités des communautés. Ces discussions ont renforcé l’importance de veiller à ce que les peuples autochtones demeurent au cœur des initiatives qui touchent leurs langues, leurs cultures et leur avenir.

J’ai été particulièrement inspirée par les présentations mettant en lumière des modèles pédagogiques innovants qui placent le territoire, la langue et la culture au centre des apprentissages. Des établissements comme Memorial University et le Sámi Education Institute ont partagé des exemples remarquables de programmes d’apprentissage sur le territoire et au sein des communautés, contribuant à renforcer la continuité culturelle tout en préparant la prochaine génération de leaders.

Célébrer la langue et la culture 

L’un des aspects les plus marquants du congrès a été la célébration de la culture féroïenne à travers la musique et les arts. Les prestations puissantes des artistes Eivør et Hamradun ont captivé les personnes participantes et mis en valeur toute la richesse, la résilience et la beauté de la langue et de la culture féroïennes.

Entendre des artistes se produire avec fierté dans leur langue a rappelé avec force le rôle essentiel que joue la langue dans l’expression de l’identité, de la vision du monde et du sentiment d’appartenance. Il était inspirant de voir une communauté aussi profondément liée à son patrimoine linguistique et culturel.

Des rencontres et des échanges porteurs 

L’une des grandes forces des rassemblements UArctic réside dans les occasions qu’ils offrent de rencontrer des personnes qui transforment concrètement les réalités du Nord.

J’ai été particulièrement reconnaissante d’avoir pu échanger avec Marja-Liisa Olthuis, coauteure de Revitalising Indigenous Languages: How to Recreate a Lost Generation. Son travail documente la revitalisation réussie de la langue sámi d’Inari (Aanaar Sámi) en Finlande et propose des pistes de réflexion précieuses pour les communautés qui travaillent au renforcement des langues autochtones. Je compte mettre à profit plusieurs des enseignements qu’elle a partagés dans le cadre des efforts de revitalisation linguistique menés aux Territoires du Nord-Ouest.

J’ai également eu le plaisir de retrouver Daniel Chartier, professeur à l’Université du Québec à Montréal et directeur du Laboratoire international de recherche sur l’imaginaire du Nord, de l’hiver et de l’Arctique. Nos échanges ont fait émerger plusieurs possibilités de collaboration prometteuses que j’espère explorer dans les années à venir.

Une étape historique pour les langues autochtones et minoritaires du Nord 

L’un des moments les plus marquants de la semaine s’est déroulé lors de l’Assemblée UArctic du 29 mai :

La proposition du Collège Nordique visant la création d’un nouveau réseau thématique UArctic sur la préservation et la promotion des langues autochtones et minoritaires a été adoptée à l’unanimité avec 179 votes favorables. 

Cette initiative vise à créer une plateforme structurée de collaboration, de partage des connaissances, de recherche et de renforcement des capacités entre les établissements et les communautés qui travaillent à la préservation et à la revitalisation des langues autochtones et minoritaires dans les régions nordiques et circumpolaires.

Le réseau favorisera notamment la collaboration par l’entremise de forums et de webinaires circumpolaires hybrides, de programmes de formation conjoints, d’occasions de mentorat, d’échanges de pratiques exemplaires et de projets de recherche collaboratifs.

Cette approbation représente une réalisation importante pour le Collège Nordique et s’inscrit dans l’élan créé par le Forum international sur la préservation et la promotion des langues autochtones et minoritaires tenu à Yellowknife plus tôt cette année. Elle reconnaît l’importance de créer des espaces où les communautés linguistiques autochtones et minoritaires peuvent apprendre les unes des autres tout en respectant leurs histoires, leurs systèmes de gouvernance et leurs réalités propres.

À la suite du vote, plusieurs personnes déléguées sont venues manifester leur intérêt à participer au réseau. Des représentantes et représentants d’établissements tels que l’University of Northern British Columbia, Umeå University en Suède et la Sámi University of Applied Sciences ont exprimé leur enthousiasme à l’idée de contribuer à cette collaboration internationale en pleine croissance.

Cette réponse a confirmé ce que plusieurs d’entre nous ressentaient déjà tout au long de la semaine : il existe une réelle volonté, partout dans le Nord circumpolaire, de travailler ensemble afin de préserver, revitaliser et promouvoir les langues autochtones et minoritaires.

Regard vers l’avenir 

À mon retour de Tórshavn, je me suis sentie portée par les idées, les relations et les possibilités qui ont émergé de ce congrès et de cette assemblée.

L’occasion de vivre cette expérience aux côtés de Camilia Zoe-Chocolate a également été particulièrement significative. Sa perspective comme enseignante de tłı̨chǫ a enrichi nos échanges et approfondi ma compréhension de plusieurs thèmes abordés au cours de la semaine. Ensemble, nous avons réfléchi à la façon dont les apprentissages provenant des communautés autochtones du Nord circumpolaire pourraient nourrir notre travail aux Territoires du Nord-Ouest, tout en partageant nos propres expériences et défis en matière de revitalisation linguistique.

Les défis auxquels font face les langues autochtones et minoritaires demeurent importants, mais l’engagement des personnes qui travaillent à leur vitalité l’est tout autant. Partout dans l’Arctique, des communautés, des personnes enseignantes, des chercheuses et chercheurs ainsi que des établissements développent des approches novatrices ancrées dans la culture, le territoire, la langue et l’autodétermination.

Le Congrès UArctic a rappelé que, même si nos contextes diffèrent, plusieurs de nos aspirations sont communes. En apprenant les unes et les uns des autres et en bâtissant des partenariats significatifs, nous pouvons renforcer les efforts de revitalisation linguistique partout dans le Nord et créer de nouvelles possibilités pour les générations futures.

Je me réjouis de poursuivre ces conversations, de développer de nouvelles collaborations et de voir comment ce nouveau réseau thématique UArctic pourra contribuer à rapprocher et à soutenir les communautés de langues autochtones et minoritaires à travers le monde circumpolaire.

À propos de l’autrice 

Rosie Benning est directrice de la formation et de l’enseignement au Collège Nordique. Titulaire d’un baccalauréat en éducation et d’une maîtrise en revitalisation des langues autochtones, elle possède une vaste expérience en pédagogie, en développement de programmes et en revitalisation linguistique. Au cours de sa carrière, elle a travaillé auprès de communautés nordiques, contribué à la création de ressources pédagogiques et soutenu l’enseignement du français, de l’anglais et du tłı̨chǫ. Elle considère l’éducation comme un outil de réconciliation et veille à ce que les programmes soient ancrés dans le respect des relations, des cultures et des réalités des communautés du Nord.

Publié le 23 juin 2026