Le rapport du Sommet panterritorial trace les prochaines étapes pour l'apprentissage en français dans le Nord

  • Éducation
  • Collaboration panterritoriale

Les 3 et 4 juin derniers, plus de 120 personnes se sont réunies à Yellowknife et en ligne pour réfléchir à une question ambitieuse : à quoi devrait ressembler l'avenir de l'apprentissage en français dans le Nord canadien?

Le rapport final du Sommet panterritorial sur l'apprentissage en français dans le Nord canadien est maintenant disponible. Il rassemble les principaux constats issus de ces deux journées, mais surtout les pistes d'action proposées pour transformer cette réflexion collective en projets concrets. 

Organisé conjointement par l'Association franco-yukonnaise (AFY), le Collège Nordique et l'Association des francophones du Nunavut (AFN), le Sommet a réuni des personnes issues des milieux de l'éducation, des communautés, des institutions et de la francophonie du Yukon, des Territoires du Nord-Ouest et du Nunavut. Une même ambition les rassemblait : mieux comprendre les réalités nordiques pour développer des solutions adaptées aux personnes qui apprennent, travaillent et vivent dans le Nord.  

L'intérêt pour apprendre en français est bien présent

Avant même le Sommet, une étude panterritoriale menée auprès de 454 personnes avait permis de documenter les besoins, les intérêts et les réalités des personnes apprenantes dans les trois territoires. Ses résultats ont ensuite servi à alimenter les réflexions et les échanges du Sommet. 

Les données sont éloquentes : 86 % des personnes sondées souhaitent qu'une offre postsecondaire en français soit accessible dans les territoires et 60 % envisagent de poursuivre une formation dans les prochaines années. Le rapport souligne ainsi que le principal enjeu n'est pas nécessairement le désir d'apprendre, mais plutôt les conditions permettant de le faire. Le manque de temps, les obligations professionnelles, les coûts et une offre insuffisante en français figurent parmi les obstacles les plus souvent mentionnés.  

Ces réalités prennent une dimension particulière dans le Nord, où l'éloignement des communautés, les coûts élevés, la mobilité limitée, la disponibilité restreinte de certains programmes et le roulement du personnel influencent directement l'accès à l'apprentissage.  

Reconnaître tout ce qui s'apprend déjà dans le Nord

L'un des grands constats du Sommet est peut-être aussi l'un des plus porteurs : le Nord est déjà un vaste espace d'apprentissage. 

Le territoire, le plein air, la vie communautaire, les activités culturelles, les milieux professionnels et les relations intergénérationnelles permettent déjà de développer une multitude de savoirs et de compétences. Le défi n'est donc pas uniquement de créer de nouveaux programmes, mais également de mieux reconnaître et relier les apprentissages qui existent déjà. 

Cette réflexion invite à dépasser une vision où l'apprentissage se limite à un diplôme. Le rapport distingue les apprentissages formels, non formels et informels et souligne l'importance de mieux reconnaître les compétences développées au travail, dans le bénévolat, dans la communauté, dans les activités culturelles ou simplement à travers les expériences de la vie. 

Les parcours non linéaires, particulièrement fréquents dans le Nord, sont d'ailleurs présentés comme une force. Ils contribuent à développer l'adaptabilité, la polyvalence, l'innovation et la capacité à agir dans des situations complexes. Parmi les pistes proposées pour mieux reconnaître ces apprentissages figurent les Franco-badges, les microcertifications et les portfolios de compétences. 

Sept grandes pistes pour passer de la réflexion à l'action

Le rapport ne s'arrête pas aux constats. Il propose des axes autour desquels le Yukon, les Territoires du Nord-Ouest et le Nunavut pourraient structurer leurs actions au cours des prochaines années.  

Parmi les pistes proposées se trouvent la reconnaissance des compétences acquises tout au long de la vie, la création d'un espace permanent de concertation entre les trois territoires, le développement de parcours plus accessibles et flexibles, un meilleur accompagnement des jeunes avant, pendant et après leurs études, ainsi que le développement d'apprentissages expérientiels et ancrés dans le territoire. Le rapport accorde également une place importante à la construction de relations durables avec les peuples autochtones et à la transformation des constats du Sommet en projets concrets.  

L'accessibilité constitue également un principe central. Mettre une formation en ligne ne suffit pas à la rendre accessible. Les horaires de travail, la garde d'enfants, la situation financière, le handicap, la neurodiversité, la maîtrise du français, le statut d'immigration, la mobilité, l'accès à la technologie et l'accompagnement humain doivent tous être considérés dès la conception des formations.  

Trois territoires, une vision commune

Au fil des deux journées, un autre constat s'est imposé : malgré leurs différences, le Yukon, les Territoires du Nord-Ouest et le Nunavut partagent suffisamment de défis, de besoins et d'ambitions pour que la collaboration devienne essentielle. 

Aucun territoire ne possède à lui seul toutes les ressources nécessaires pour développer une offre complète d'apprentissage en français. La mise en commun des expertises, des programmes, des ressources et des réseaux permet plutôt d'imaginer des solutions qui seraient difficilement réalisables séparément. 

Cette vision prend déjà forme à travers le projet de structure postsecondaire francophone panterritoriale porté par l'AFY, le Collège Nordique et l'AFN. Depuis 2023, les trois organisations travaillent à un modèle permettant de mutualiser leurs ressources et leurs expertises tout en maintenant une forte présence locale. Le modèle envisagé prévoit l'évolution du Collège Nordique vers une structure postsecondaire panterritoriale appuyée par trois campus à Whitehorse, Yellowknife et Iqaluit à l'horizon 2028.  

Le Sommet comme point de départ 

Le rapport est clair : le Sommet ne constitue pas une finalité, mais le point de départ d'une mobilisation appelée à se poursuivre.

Les prochaines étapes consisteront à transformer les idées et les relations créées pendant le Sommet en projets concrets, à maintenir un espace de collaboration entre les trois territoires et à documenter les retombées au fil du temps. Le rapport évoque notamment la possibilité d'une table de concertation panterritoriale et même la tenue d'un prochain Sommet dans un horizon de trois à cinq ans. 

L'avenir de l'apprentissage en français dans le Nord se construira ainsi à partir des réalités propres à chaque territoire, mais aussi d'une volonté commune de partager les forces, les connaissances et les ressources pour rendre l'apprentissage plus accessible, inclusif et profondément ancré dans les réalités nordiques.