Bilan 2025-2026 : approfondir notre engagement envers la vérité et la réconciliation

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À mesure que le Collège Nordique grandit et évolue, son engagement envers la vérité et la réconciliation continue lui aussi de s’approfondir.

En 2025-2026, le travail mené en collaboration avec nos partenaires communautaires dans les domaines de la revitalisation des langues autochtones, de l’apprentissage culturel, de l’éducation sur le territoire et du mentorat intergénérationnel s’est poursuivi et enrichi de nouvelles initiatives. Celles-ci ont permis de renforcer nos relations et nos collaborations avec les communautés autochtones, les personnes aînées, les gardiennes et gardiens du savoir ainsi que les organismes partenaires. 

Notre approche repose sur des relations respectueuses, la collaboration et l’apprentissage aux côtés des communautés. Nous cherchons à créer des espaces où les langues, les savoirs, les cultures et les façons d’apprendre autochtones peuvent être partagés et transmis par les personnes et les communautés qui les portent.

Amener l’apprentissage de la langue sur le territoire

En août 2026, le ministère de la Culture et de la Protection des terres du gouvernement Tłı̨chǫ et le Collège Nordique ont travaillé ensemble à la réalisation du premier camp d’immersion linguistique et culturel tłı̨chǫ sur le territoire, au site spirituel du lac Russell à Behchokǫ̀. 

Cette initiative a réuni le tłı̨chǫ yatıı̀, les personnes aînées, les savoirs culturels et l’apprentissage sur le territoire. Les personnes participantes ont entendu le tłı̨chǫ yatıı̀ dans les prières et les récits, l’ont pratiqué au moyen de jeux et de stations d’apprentissage et l’ont utilisé dans des interactions quotidiennes. Elles ont ainsi pu créer des liens entre la langue, la famille, les lieux, la culture et la vie sur le territoire. 

Les résultats ont été encourageants. Seize évaluations décrivent le camp comme une expérience positive et enrichissante d’apprentissage linguistique et culturel. Les personnes enseignantes ont également observé, au fil de la semaine, une confiance accrue, une meilleure capacité à former des phrases et une utilisation plus autonome de la langue. 

La dimension relationnelle du camp a aussi été soulignée par les personnes aînées, qui ont particulièrement apprécié les occasions de transmettre leurs connaissances de la langue et de la culture tłı̨chǫ ainsi que le lien entre l’apprentissage, les savoirs culturels et les expériences vécues sur le territoire.

La préparation du camp avait commencé bien avant sa tenue, notamment par une formation en gestion de projet offerte au personnel du ministère de la Culture et de la Protection des terres et les personnes engagées dans la promotion des langues au sein des communautés à l’automne 2025, suivie de formations et d’expériences d’apprentissage inspirées du modèle du nêhiyawak Language Experience Camp, fondé par la Dre Belinda Daniels, professeure en revitalisation des langues autochtones à l’Université de Victoria. 

Cette expérience constitue maintenant une base éprouvée pour de futures initiatives d’immersion en tłı̨chǫ. La majorité des personnes participantes ont d’ailleurs indiqué vouloir poursuivre leur apprentissage dans leur vie quotidienne. 

Vers une formation postsecondaire en langues autochtones

En 2026, une étape importante a également été franchie vers le développement d’un diplôme en langues autochtones dans les Territoires du Nord-Ouest.

Le Collège Nordique, le gouvernement Tłı̨chǫ, le GTNO et le Collège Aurora se sont réunis afin de relancer une initiative dont les premières discussions remontaient à plusieurs années et d’explorer une approche concertée pour développer le programme.

L’initiative vise à commencer par un projet pilote en tłı̨chǫ, dont l’expérience pourrait éventuellement éclairer le développement de futurs programmes dans d’autres langues autochtones des Territoires du Nord-Ouest. Elle réunit les savoirs communautaires et culturels, l’expertise pédagogique et les capacités des établissements postsecondaires.

Pour le Collège Nordique, ce travail s’appuie sur une décennie d’enseignement du tłı̨chǫ tout en marquant une évolution importante : explorer comment l’apprentissage des langues autochtones peut s’inscrire dans des parcours postsecondaires durables et reconnus. Bien que le diplôme soit toujours en cours de développement, cette collaboration renouvelée constitue une étape importante vers la création de structures à long terme qui soutiennent la transmission, la protection et la vitalité des langues autochtones dans le Nord. 

Rassembler les communautés de langues autochtones et minoritaires du Nord

En février 2026, le Collège Nordique a organisé à Yellowknife le Forum international sur la préservation et la promotion des langues autochtones et minoritaires du Nord. Des personnes aînées, des locutrices et locuteurs, des personnes œuvrant en éducation, des leaders communautaires, des chercheuses et chercheurs ainsi que des organisations des Territoires du Nord-Ouest, du Canada et de l’étranger se sont réunis afin d’échanger leurs connaissances et d’explorer des approches concrètes en matière de préservation, de revitalisation et de transmission des langues.

Le Forum n’a pas été conçu comme une simple conférence, mais plutôt comme un espace de dialogue et d’action permettant de renforcer la collaboration entre les organisations autochtones, les établissements d’enseignement, les gouvernements et les communautés. 

La participation a largement dépassé les attentes. Alors que l’objectif initial était de réunir de 30 à 40 personnes, plus de 100 personnes ont participé en personne et en ligne, dont 44 sur place et 58 à distance. Treize langues autochtones et minoritaires étaient représentées et une interprétation simultanée était offerte en anglais, en français, en tłı̨chǫ et en wıı̀lıı̀deh. La diversité linguistique faisait ainsi partie intégrante du Forum, plutôt que d’être simplement un sujet de discussion.

Les voix et les expériences liées aux langues autochtones et minoritaires ont été présentes tout au long du rassemblement. Les cérémonies d’ouverture, menées par l’Aînée tłı̨chǫ Rosa Mantla et l’Aînée inuk Rassi Nashalik, ont donné le ton au rassemblement, tandis que les discussions ont exploré les liens entre la langue, l’identité, le bien-être, la famille, les relations intergénérationnelles, l’éducation et le leadership communautaire. Le Forum s’est conclu par une puissante prestation de danse de Haugaaq (Julia) Ogina, Jerry Puglik et leur fille, Trisha Ogina.

Tout au long du rassemblement, un message récurrent s’est dégagé : la transmission linguistique repose sur de solides relations entre les générations, et la revitalisation et la vitalité des langues autochtones et minoritaires peuvent renforcer l’identité, le sentiment d’appartenance, les liens familiaux et le bien-être communautaire. 

Le Forum a également permis de réfléchir à l’avenir de l’éducation en langues autochtones. Un panel consacré aux approches collaboratives au niveau postsecondaire a exploré les façons d’intégrer davantage la revitalisation des langues autochtones aux programmes postsecondaires reconnus, tout en créant des liens entre la maîtrise de la langue, l’emploi, l’immersion et une présence institutionnelle accrue des langues autochtones.

Un autre résultat important a été la possibilité pour les communautés de langues autochtones et minoritaires d’apprendre les unes des autres et d’échanger entre les régions, tout en réaffirmant que la revitalisation des langues autochtones doit demeurer dirigée par les communautés et fondée sur l’autodétermination.

Les discussions ont porté notamment sur la collaboration, la prise en charge communautaire, la transmission intergénérationnelle, la radiodiffusion et l’interprétation, les technologies linguistiques, la souveraineté des données culturelles et l’importance de veiller à ce que les langues soient utilisées dans la vie quotidienne plutôt que simplement préservées ou étudiées. 

Surtout, le Forum a créé un élan qui s’est poursuivi au-delà de l’événement. Les personnes participantes ont reconnu l’importance de créer un moyen de poursuivre, au-delà du rassemblement, les relations, les échanges et les apprentissages partagés amorcés à Yellowknife.

Le 27 février 2026, une demande officielle a donc été présentée à UArctic afin de créer un Réseau thématique sur les langues autochtones et minoritaires du Nord. 

Du dialogue à une collaboration durable à travers le Nord

Les conversations amorcées lors du Forum ont depuis pris une nouvelle dimension. 

En 2026, lors de l’Assemblée de l’Université de l’Arctique (UArctic), la proposition du Collège Nordique visant à créer un réseau thématique consacré aux langues autochtones et minoritaires a été approuvée à l’unanimité par les membres présents, avec 179 votes en faveur.

Le réseau transforme les relations développées dans le cadre du Forum en une structure durable de collaboration. Il permettra de réunir des communautés de langues autochtones et minoritaires, des établissements d’enseignement, des chercheuses et chercheurs et des organisations de l’ensemble du Nord circumpolaire afin de partager des pratiques prometteuses, de renforcer les parcours éducatifs et de développer des solutions ancrées dans les réalités nordiques.

Cette collaboration pourra notamment prendre la forme de forums et de webinaires internationaux, de mentorat et de développement du leadership, de cours et de formations conjointes, de mobilisation des connaissances et de recherche collaborative. Le réseau cherche également à renforcer la présence des langues autochtones dans l’enseignement postsecondaire et à explorer l’utilisation responsable des technologies émergentes dans la revitalisation linguistique.

Pour le Collège Nordique, cette approbation représente une étape importante dans son cheminement vers la réconciliation : passer d’initiatives individuelles à des relations et à des structures durables qui soutiennent la revitalisation des langues autochtones à long terme. 

Renforcer notre expertise en revitalisation des langues autochtones

En 2026, le Collège Nordique a également renforcé son expertise interne lorsque Rosie Benning, directrice de l’éducation et de la formation, a obtenu une maîtrise en éducation en revitalisation des langues autochtones de l’Université de Victoria.

Son projet de maîtrise, Hazǫǫ Tłı̨chǫ Yatıì Hoghàdets’etǫ: A Community-Based Approach to Learning Tłı̨chǫ Yatıì Online, a été développé en collaboration avec des personnes aînées, des gardiennes et gardiens du savoir, des personnes œuvrant en éducation et des membres de la communauté.

Le projet explorait le développement d’un cours asynchrone de tłı̨chǫ ancré dans les valeurs tłı̨chǫ, les façons d’apprendre et la transmission des savoirs, tout en cherchant à rendre l’apprentissage de la langue plus accessible, peu importe le lieu de résidence ou les contraintes d’horaire. Il renforce une approche de la revitalisation linguistique qui établit des liens entre l’apprentissage de la langue, la culture, le territoire et la transmission intergénérationnelle des savoirs.

Cette réalisation repose sur les savoirs et la générosité des nombreuses personnes ayant accompagné ce parcours. Rosie souligne notamment la contribution de ses personnes enseignantes de tłı̨chǫ, des personnes aînées et des gardiennes et gardiens du savoir, des partenaires du ministère de la Culture et de la Protection des terres du gouvernement Tłı̨chǫ, particulièrement Tammy Steinwand-Deschambault et Jacynthia Rabesca, de l’équipe du Collège Nordique ainsi que de ses professeur·es et des membres de sa cohorte à l’Université de Victoria.

Masì nechà t’à nechà à toutes les personnes qui ont partagé leurs savoirs, créé des relations et cheminé à ses côtés. 

Renforcer les capacités au sein de notre équipe

Alors que le travail du Collège Nordique en revitalisation des langues autochtones, en apprentissage culturel et en réconciliation continue de prendre de l’ampleur, nous investissons également dans les capacités nécessaires pour soutenir et développer ces initiatives.

En septembre 2026, le Collège a lancé un processus de recrutement pour un nouveau poste destiné à soutenir ce secteur de travail en pleine croissance. Cet ajout à l’équipe reflète l’évolution des initiatives du Collège en matière de langues et de cultures autochtones ainsi que l’importance de disposer de ressources dédiées pour soutenir les relations avec les communautés, les personnes aînées, les gardiennes et gardiens du savoir et les partenaires, de même que le développement et la coordination des projets connexes. 

Créer des occasions d’apprentissage sur la vérité et la réconciliation

Notre engagement comprend également la création d’occasions permettant aux personnes qui ne participent pas à nos programmes linguistiques d’approfondir leur compréhension de la vérité et de la réconciliation et de réfléchir à la manière dont elles peuvent y contribuer dans leur propre pratique professionnelle.

En septembre 2026, le Collège Nordique a développé, en collaboration avec la Coopérative francophone des centres en petite enfance (CFCEPE), l’atelier de perfectionnement professionnel Grandir ensemble sur le chemin de la réconciliation, destiné aux professionnelles et professionnels francophones de la petite enfance.

L’atelier invitait les personnes participantes à mieux comprendre l’histoire et les réalités contemporaines des peuples autochtones, à explorer les répercussions des politiques coloniales sur les enfants, les familles, les langues et les cultures et à réfléchir aux façons de valoriser les langues, les cultures et les savoirs autochtones dans les milieux de la petite enfance avec le soutien de l’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne (ACUFC) et le gouvernement du Canada par le biais du Programme d’apprentissage et de garde des jeunes enfants. .

Coanimé par la Dre Angela James et Rosie Benning, l’atelier visait également à faire le lien entre les apprentissages sur la vérité et la réconciliation et les changements concrets que les personnes éducatrices peuvent intégrer à leur travail quotidien auprès des jeunes enfants et des familles.

Bien que cette initiative soit différente d’un camp linguistique, d’un programme postsecondaire ou d’un réseau international, elle s’inscrit dans la même approche : créer des occasions d’apprendre à partir des savoirs et des perspectives autochtones, de réfléchir à nos propres pratiques et de renforcer les relations. 

La réconciliation comme relation continue

Ces initiatives diffèrent par leur forme et leur portée. Certaines se déroulent sur le territoire et placent la langue au cœur d’expériences culturelles concrètes. D’autres créent des parcours d’apprentissage, développent l’expertise de notre équipe ou tissent des liens entre des communautés et des établissements situés dans différentes régions du monde.

Pourtant, elles reposent toutes sur une même conviction : la réconciliation se construit par les relations.

Elle se construit lorsqu’une personne prend le temps d’apprendre quelques mots dans la langue du territoire où elle vit. Lorsqu’une personne aînée transmet ses savoirs aux jeunes. Lorsqu’une personne apprenante écoute avant de parler. Lorsqu’une communauté participe aux décisions qui concernent sa langue et sa culture. Et lorsque les institutions reconnaissent qu’elles ont, elles aussi, un rôle à jouer pour créer les conditions permettant à ces langues, à ces cultures et à ces systèmes de savoirs de continuer à vivre et à être transmis.

Le cheminement vers la vérité et la réconciliation n’a pas de destination finale. Pour le Collège Nordique, il s’agit d’un engagement continu à apprendre, écouter, bâtir des relations et avancer ensemble. 

Publié le 30 septembre 2026